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4 mars - 30 avril 2010
Vernissage jeudi 4 mars de 18h à 20h

100 Y

Les œuvres de Peter Rösel attisent la curiosité du spectateur dont la perception se module et s’aiguise à leur contact ; on se souvient de ses fameuses sculptures cousues ou de ses peintures de mirages. Si ces travaux s’appuient constamment sur une approche du réel, au travers parfois de la saisie d’éléments anodins, ceux-ci ont toujours la faculté d’engendrer des perspectives profondes. En effet, ils interpellent l’imaginaire de chacun en permettant d’établir des correspondances entre l’objet qui se présente à nos yeux et l’esprit du regardeur, toutes ses capacités se trouvant alors appelées à s’exprimer.
Avec ce nouveau projet intitulé 100 Y, Peter Rösel semblerait-il éprouver une certaine nostalgie en utilisant de vieux téléviseurs ou des ampoules d’un autre temps, auxquels il offre une seconde vie ? Peter Rösel pointe-t-il du doigt les changements abrupts qui agitent constamment notre société ? Ou bien encore une certaine cruauté de l’histoire qui balaie tout dans une accélération perpétuelle ?
Avec ses toutes dernières œuvres, l’artiste bouscule les temporalités et met en relief l’évolution en opposant les technologies récentes aux plus anciennes, soulignant probablement ainsi le matérialisme excessif des individus.
Le dispositif de cette exposition montre une nouvelle fois que la démarche de Peter Rösel emprunte des formes plastiques très ouvertes puisqu’ici la vidéo, la sculpture et l’installation sont convoquées.
La pièce qui donne son titre à l’exposition, 100 Y, occupe à elle seule la seconde salle de la galerie. A priori construite à l’instar d’un ready-made, l’artiste a installé une colonne de neuf cartons dont le spectateur découvre sur les étiquettes qu’ils contiennent des ampoules produites en ex-Allemagne de l’Est et peut deviner, par déduction, que la sculpture est ainsi conçue pour éclairer durant 100 ans. Une seule ampoule allumée et placée sur le rebord d’une vitrine rappelle la virtualité de cette fin programmée.
L’exposition comporte aussi une surprenante sculpture-vidéo conçue à partir d’un ancien téléviseur au nom évoquant Leonardo [da Vinci] qui nous apparaît aujourd’hui comme une antiquité bien plus lointaine que le début des années 1960, et par le biais duquel Peter Rösel marque l’accélération de la vieillesse des objets.
La vidéo qu’il diffuse en boucle montre un espace organisé par l’artiste lui-même (dans cette composition on repère ledit téléviseur ainsi notamment qu’une chaise-sculpture de Martin Kippenberger) dans lequel il apparaît soudainement et réalise... une lévitation introduisant chez le spectateur un sentiment de doute ; pourtant celle-ci n’est pas due à une quelconque manipulation par ordinateur mais emprunte aux magiciens leurs artifices.
À proximité, un groupe de cinq sculptures soclées nous fait presque basculer dans l’univers d’un musée d’histoire naturelle mais très vite, le spectateur détecte le fait que ces bifaces — dont l’ergonomie n’est finalement pas si éloignée de celle d’un téléphone mobile — n’ont rien de néolithique mais qu’ils sont bien le produit d’un geste artistique faisant appel à l’une des techniques les plus anciennes, le bronze.
Une dernière œuvre, I promise... prend également tout son sens dans le contexte économique que nous traversons : constituée de deux billets de banque récents du Zimbabwe (deux valeurs extrêmes, 1 dollar et 100 trillions), cette pièce nous permet autant de nous interroger sur la valeur de l’argent — doit-on croire en sa valeur comme doit-on croire en celle de l’art ? — que sur les soubresauts de la cote des artistes sur le marché de l’art comme le renvoient subrepticement les petites interventions au stylo à bille de l’artiste jouant du graphisme de ces coupures de monnaie comme il l’avait fait à ses débuts en peignant sur des bidons de vernis des paysages miniatures de sites antiques.
Les œuvres de Peter Rösel ont pour dénominateur commun d’être des constructions plastiques et mentales qui opèrent systématiquement, à partir de captations du réel, un décalage subtil selon des techniques et des matériaux très différents d’un projet à un autre. Cette forme d’ouverture permet à l’artiste d’embrasser des thématiques telles que le rapport à la civilisation ou l’évolution des techniques qui n’a de cesse de nous projeter dans une consommation effrénée.