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Taroop & Glabel

Taroop & Glabel est originellement (1993) le nom d’un groupe éclaté entre Bruxelles, Paris et Genève. Ce nom semble être trop beau pour être vrai et cache en fait, sous un pseudonyme, divers participants autour d’une figure centrale qui a choisi de mettre sa personne dans l’ombre afin de renvoyer l’ensemble des réflexions et aphorismes à leur valeur collective plutôt qu’à une prise de parole singulière.

Si une partie de leur production est immédiatement reconnaissable — en effet, le groupe a jeté son dévolu sur un matériau qui jusqu’alors avait échappé aux artistes, le vénilia adhésif — les œuvres conçues sous la forme de tableaux de phrases et slogans, signes et dessins issus de notre environnement quotidien ou de l’histoire, bien d’autres objets font également partie de leur registre : projets de sculptures monumentales à partir d’objets détournés, livres, micro-éditions, étonnants colligrammes ou papillons textuels.
L’inventaire ne s’arrête pas là puisqu’après avoir réalisé plusieurs projets de papiers peints, peints sur des panneaux ou sur papier (en particulier avec des motifs d’armes savamment imbriqués), un autre projet, intitulé Madonna wallpaper et initialement envisagé pour le couturier Jean-Paul Gaultier, a donné lieu à une édition en véritable papier peint.
Celui-ci renvoie explicitement à la fonction décorative de l’art à laquelle certains préfèreraient le voir cantonné. Loin de devoir participer à la seule amélioration esthétique de notre environnement, le motif phallique réalisé par les artistes pour ce papier peint évoque tout à la fois la manière dont le sexe a servi d’argument marketing pour construire la pop star Madonna, mais également comment toute l’histoire de l’humanité repose sur son absence, selon la version chrétienne de l’Immaculée Conception.

Empruntant tour à tour leur méthode à l’historien, au pamphlétaire, au journaliste, Taroop & Glabel s’intéressent notamment à l’histoire de l’Eglise au cours des siècles, à travers la publication de textes anti-cléricaux aujourd’hui oubliés. Ils cherchent ainsi à mettre à jour la fiction sur laquelle repose, selon eux, l’institution de l’Eglise depuis son sommet, le Vatican.
A travers un tel sujet, c’est à l’ensemble de ce qu’ils considèrent comme les fictions collectives, aux croyances qui régissent un groupe ou une nation, que s’attachent ces artistes. Tout y passe.
Le Pape se prend pour Marylin Monroe au-dessus d’une bouche de métro. Un regard attentif verra l’hommage rendu à un grand prédécesseur, Marcel Duchamp, avec l’évocation de L.H.O.O.Q. Les généraux changent leur casque pour des égouttoirs de cuisine. Un schéma montre, preuve à l’appui, les qualités ergonomiques d’un suppositoire. Les pistolets et autres armes deviennent les motifs de peintures abstraites. Rien ne résiste à l’iconoclasme.
La bêtise affichée est celle du monde occidental dans tous ses excès, les œuvres ne faisant que les accentuer par les procédés de la parodie et de la caricature. Il s’agit de démontrer par l’absurde que c’est la conception commune qui est une convention et une stupidité. Celle qui monnaye les croyances de toutes sortes, à commencer par la religion, mais aussi le sport, ou encore la mystification généralisée sur laquelle repose l’économie libérale. De nombreuses œuvres rappellent ainsi que l’époque a trouvé son nouveau messie en la personne de Mickey Mouse.

Les œuvres sont conçues sous forme de tableaux constitués de phrases ou de signes existants et puisés dans la presse, les billets de banques, les œuvres d’art, etc. Elles sont aussi détournées de citations, de slogans et autres logos qui jalonnent le quotidien contemporain sous forme de lettres adhésives découpées.
Ces travaux mettent aussi en exergue l’usage qui est souvent fait, entre autres sur les monuments, de phrases religieuses ou laïques censées guider la vie des individus, et qui sont, pour ces artistes, souvent synonymes au contraire de passivité et d’endoctrinement. Par exemple : "In God We Trust", emprunté au billet vert américain, devient "In Dog We Trust".
L’esprit corrosif de Taroop & Glabel pointe les excès du monde contemporain : le tourisme, les jeux de hasard, le sport, la religion, le sexe, l’argent, les médias, autant de sujets qui prêtent à rire de l’homme lorsqu’il se laisse aller à sa bêtise.

N.B. : ce texte reprend une contribution de Claire Legrand (communiqué de l'exposition qui s'est tenue à Dijon au Frac Bourgogne en 2002).